« Le Sud » de Nino Ferrer : une histoire de traduction

nino ferrer le sud

Avec cet article, j’aimerais inaugurer une nouvelle rubrique et me plonger dans l’histoire de la création des grandes chansons françaises. C’est un sujet qui m’a toujours fasciné. Comment naissent ce que nous appelons « les tubes » ? Comment quelques mots écrits sur le coin d’une table ou griffonnés sur un bout de papier lors d’un voyage en train peuvent devenir des refrains connus de tous ?

D’ailleurs, dans l’espoir qu’un jour mes paroles soient mises en musique et connues du grand public, je prends soin de noter, pour chacun de mes textes, le cheminement qui a mené à sa conception. Sait-on jamais…

Ouvrons donc cette rubrique avec « Le Sud », la célèbre chanson de Nino Ferrer, sortie le 25 février 1975.

Nino Ferrer, un « rigolo »

Dans les années 1960, la carrière de Nino Ferrer est marquée par de véritables tubes à l’accent humoristique. C’est notamment le cas de « Mirza » (« Z’avez pas vu Mirza ? Oh la la la la la … »), de « Le Téléfon » (« Gaston y a l’téléfon qui son, Et y a jamais person qui y répond … ») ou de « Oh ! Hé ! Hein ! Bon ! », dont la seule évocation du titre suffit pour imaginer son univers déjanté. Avec de telles paroles, pas étonnant que le chanteur, né à Gênes (en Italie), soit classé dans la même catégorie que les Salvador, Bourvil et autres interpètes de chansons prêtant à sourire. Difficile donc d’être pris au sérieux dans de telles conditions.

Nino Ferrer - Oh hé hein bon

Une envie de chanter le Sud … in English

Le grand Nino a besoin de faire autre chose que des chansons « pour rire ». Il veut écrire et interpréter sa poésie, sa mélancolie et ses souvenirs de jeunesse. C’est donc dans sa propriété de style colonial située en Île-de-France que l’artiste se laisse aller à l’écriture d’un texte qui tranche avec le ton comique employé dans ses précédents succès. En effet, au début des année 1970, Nino couche sur le papier les paroles de « South ». Les mots qu’il utilise pour décrire un endroit où il faut bon vivre sont directement inspirés du style de sa résidence, qui lui rappelle la Nouvelle-Calédonie où il a passé une grande partie de son enfance.

Étrangement, c’est dans la langue de Shakespeare que le chanteur écrit l’intégralité de cette chanson.

We call it the South
Cause time is so long there
That life sure will take us
More than a million years.
And we like to stay there.

Une chanson qu’il enregistre ensuite en duo avec Radiah Frye (la maman de Mia Frye qui créera, bien des années plus tard, la chorégraphie de la Macarena). Malheureusement, les ventes de ce 45 tours ne décollent pas et la chanson reste dans un certain anonymat.

En français, ça donne quoi ?

Non satisfait de la version anglaise de sa chanson, Nino Ferrer décide de l’adapter en français. Il traduit alors le texte original dans notre belle langue et demande à son ami, Bernard Estardy, l’un des plus grands ingénieurs du son de l’époque (« Alexandrie Alexandra », « Big bisou », « Les yeux revolvers », etc) , d’arranger la musique. « South » devient alors « Le Sud », les « so many children […] playing in the garden » deviennent « plein d’enfants qui se roulent sur la pelouse » et le succès est au rendez-vous. Nino tient LE tube du printemps 1975.

Aujourd’hui encore, ce chef d’oeuvre fait partie des chansons de l’artiste les plus diffusées et cela reste, évidemment, l’une des plus connues du grand public.

C’est quand même fou de se dire que ce succès de la chanson française était, à la base, écrit dans une autre langue ! Isn’t it?

 

1 Commentaire

  1. olivette dit : Répondre

    Sympa cette rubrique ! Vivement d’autres articles 🙂

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